Les relations professionnelles se jouent sur un terrain bien particulier : celui de la valeur perçue. Tant que celui qui achète sent qu’il retire plus de bénéfices qu’il n’en concède, il reviendra vers vous, encore et encore.
Autrement dit, il s’agit de fournir un maximum d’informations, dans un format digeste, au client, à chaque étape de votre échange.
À ce propos, parlons du concept de muscles posturaux et phasiques.
Pourquoi aborder ce sujet avec vos clients ? Plusieurs raisons concrètes le justifient :
- Ce concept permet au client de comprendre ce qu’il fait et ce qu’il vise. L’activation des muscles phasiques explosifs stimule le métabolisme, car ces muscles consomment davantage d’énergie que les muscles posturaux.
- Il aide aussi à expliquer pourquoi, au début, certains exercices ne « passent » pas comme prévu : l’effort ne se sent pas toujours là où on l’attend. Les débutants, souvent inquiets de mal faire, cherchent à être rassurés sur ce point.
- Ce schéma fait aussi toute la lumière sur l’intérêt des temps de repos et de la rupture du cycle d’étirement,raccourcissement pour accélérer l’apprentissage. Cela remet en question l’idée reçue selon laquelle il faudrait constamment compliquer la tâche, notamment en réduisant les pauses à néant.
L’approche Janda
La distinction entre muscles posturaux et phasiques a été établie par Janda. Ce passage de Wikipédia résume parfaitement leur rôle :
Les muscles posturaux assurent le maintien de la posture dans la gravité. Ils sont majoritairement constitués de fibres à contraction lente, ce qui les rend endurants et prompts à l’hyperactivité.
Les muscles phasiques, quant à eux, sont composés surtout de fibres à contraction rapide. Ils sont taillés pour le mouvement mais se fatiguent rapidement et sont sujets à l’inhibition.
Quand les muscles posturaux sont trop sollicités, ils se raccourcissent. À l’inverse, les muscles phasiques ont tendance à s’allonger et à perdre de la force s’ils sont peu actifs ou mal sollicités. Ce déséquilibre perturbe la stabilité articulaire, surtout lorsque les deux types de muscles se trouvent de part et d’autre d’une articulation, chacun jouant un rôle opposé.
Comprendre ces dynamiques éclaire sur les déséquilibres posturaux fréquents, comme les syndromes croisés supérieurs et inférieurs.
Assis à votre bureau toute la journée
Voici le nœud du problème : dans la réalité sédentaire qui s’impose à la majorité, le corps s’adapte. Il privilégie les muscles posturaux, ceux qui assurent la stabilité quand on reste assis de longues heures.
Le corps humain est un système en perpétuelle adaptation. Si on lui impose la position assise jour après jour, limité aux squats improvisés pour atteindre la boîte d’archives, il va tout naturellement renforcer les muscles posturaux, reléguant les muscles phasiques au second plan.
Il est essentiel de rappeler que notre organisme n’a pas intégré l’existence du travail de bureau.
L’évolution s’ajuste lentement : une longue inactivité est toujours interprétée comme un signal d’alerte. Pour l’organisme, c’est le signe d’un environnement hostile ou d’une famine imminente. Résultat : humeur en berne, fonctions cognitives au ralenti, baisse de la libido, et la liste continue.
Tout le métabolisme ralentit. Le corps devient doué pour stocker les graisses et entretenir la morosité, dans une optique de survie.
En parallèle, le cerveau perd progressivement le contact avec les muscles phasiques.
Conséquence directe : quand vient le moment de reprendre une activité physique, ces muscles ne répondent plus comme attendu. La stabilité articulaire en pâtit, et le corps compense en sollicitant les muscles posturaux pour des tâches qu’ils ne devraient pas assurer.
Regardez, par exemple, ceux qui peinent à faire des pompes : les coudes s’écartent, les pectoraux prennent le relais, mais les dorsaux et triceps restent inactifs. Un autre cas typique : les fessiers et ischio-jambiers, muscles phasiques par excellence, laissent le champ libre aux muscles du bas du dos (posturaux) après des années passées sur une chaise.
C’est ainsi que de nombreuses personnes affirment que les squats et soulevés de terre leur « bousillent le dos ». Incapables d’activer correctement leurs fessiers ou leurs ischios, ils laissent les petits muscles du dos compenser, ce qui, combiné à une colonne fléchie, devient douloureux à la longue.
Ce schéma se retrouve dans bien d’autres mouvements. Chaque fois que le corps devrait recruter les muscles phasiques pour un geste fonctionnel, il se rabat par défaut sur les muscles posturaux. Certains évoquent alors des douleurs aux genoux, aux épaules ou au dos, abandonnent l’entraînement en résistance et reviennent au confort du cardio, loin des douleurs et des échecs.
Voilà pourquoi il est pertinent de partager cette notion de muscles phasiques et posturaux. Expliquer le mécanisme, c’est donner confiance : vous savez comment réactiver ces muscles et permettre à chacun de progresser sans se blesser.
Correction des déséquilibres
Une fois ce constat posé, la question se pose : comment agir concrètement ?
Les propriétés des muscles phasiques et posturaux dictent la stratégie à adopter.
Les muscles posturaux, endurants et prompts à se crisper, ont tendance à se contracter excessivement lorsqu’ils sont sollicités sans relâche.
Les muscles phasiques, eux, réagissent vite mais s’épuisent rapidement. Lorsqu’ils s’affaiblissent et que leurs antagonistes posturaux se raidissent, l’articulation se désaligne, ce qui ouvre la voie à des douleurs persistantes. Corriger ce déséquilibre peut transformer le quotidien, notamment en matière de douleurs articulaires. Négliger ce point, c’est risquer de voir un client abandonner après une blessure.
Pour aborder ce problème, voici une méthode structurée :
Première étape : interrompre le cycle d’étirement–raccourcissement dès que possible. Cet ajustement renforce l’apprentissage de l’explosivité, met l’accent sur l’activation des grands muscles phasiques et favorise la décontraction des muscles posturaux qui restent souvent tendus en continu.
Sur le terrain, cela se traduit par des pauses : lors de pompes, laissez le torse toucher la barre entre chaque répétition. Pour les squats, utilisez une boîte pour contrôler l’amplitude et briser la routine mécanique du mouvement. En soulevé de terre, réinitialisez la position à chaque répétition grâce à un rack. Pour les rangées d’haltères, reposez l’haltère en bas du mouvement.
Deuxième étape : intégrer des intervalles de repos suffisants pour permettre une réelle adaptation neuromusculaire. L’entraînement ne se limite pas à brûler des calories ou à renforcer les muscles. La transformation la plus profonde, au départ, se joue dans le changement du signal envoyé au corps.
Il s’agit d’apprendre à l’organisme, même après des heures passées assis, à solliciter à nouveau les muscles phasiques. Pour y parvenir, les temps de récupération entre les séries sont déterminants. Ils permettent aux réserves énergétiques de se reconstituer et laissent au système nerveux le temps de s’adapter. Le cerveau apprend vite, certes, mais il lui faut ce laps de temps pour traduire l’effort en progrès.
Pour vérifier que la récupération est suffisante, observez l’évolution à chaque série : si une amélioration se dessine, le temps de repos est adéquat. Au début, cela peut représenter moins d’une minute, mais plus la force progresse, plus ce délai devra s’allonger pour accompagner les adaptations.
Troisième étape : adopter le principe selon lequel chaque contraction puissante doit être précédée et suivie d’une relaxation complète. Briser le cycle mécanique de l’effort permet de détendre le muscle. Entre les séries, l’objectif est de maintenir la concentration, en canalisant l’attention sur la prochaine phase de travail.
On remarque souvent que ceux qui peinent à perdre du poids cherchent constamment à bouger, à brûler des calories à tout prix, même entre les séries. Or, cette agitation détourne le cerveau de la tâche prioritaire. Au contraire, encouragez la focalisation et la récupération, autant physique que mentale.
Cette approche vous permettra de mieux accompagner vos clients, de leur donner les clés pour progresser et surtout, de leur permettre d’avancer sans craindre les blessures.
Lectures complémentaires
Pour ceux qui souhaitent creuser, voici quelques ressources :
- 55 raisons pour lesquelles le soulevé de terre est le meilleur exercice de tous les temps, de tous les temps, Dean Somerset
- La vraie raison pour laquelle vous souffrez toujours de maux de dos, Armi Legge
- La posture est-elle importante ?, Justin Kompf
- Comment analyser la recherche sur la condition physique, Jonathan Fass
- Comment réparer Mauvais Pushups, DeanSomerSet
Rester figé dans l’inactivité, c’est laisser le corps s’enfoncer dans ses automatismes. Reconquérir ses muscles phasiques, c’est ouvrir la porte à une stabilité retrouvée, à une énergie nouvelle. Le choix appartient à chacun, mais le corps, lui, attend de savoir dans quelle direction il devra finalement s’adapter.

